L'humeur de l'être humain ne semble pas très plastique. Les observations sur le sujet montrent que nous tendons tous vers une humeur moyenne définie par notre patrimoine génétique qui resterait la même toute notre vie. En l'absence de stimulation positive ou négative, après environ 3 mois, nous retrouvons notre humeur naturelle d'origine. Les variations autour de cette moyenne sont permanentes et peuvent connaître parfois de grande amplitudes. Il faut imaginer l'humeur comme un ressort qui serait étiré par des facteurs négatifs (stress au travail, enfants qui se chamaillent, fatigue...) et comprimé par des facteurs positifs (promotion, rendez-vous amoureux, nuit reposante...). Au bout d'un certain temps et lorsque les stimulations se calment (à l'exception de grandes catastrophes comme la perte d'un être cher), le ressort retrouve son point d'équilibre.
Bien sûr, on rencontre des niveaux de l'humeur naturelle très différents d'un individu à l'autre. Ainsi, certaines personnes sont prédéterminées à être heureuses et d'autres moins. La variabilité de l'humeur est également un prédisposition génétique (la résistance et l'amplitude du ressort).
Ces observations ont conduit Martin Seligman, Ray Fowler et Mihaly Csikszentmihalyi (fondateurs de la psychologie positive en 1998) à écarter les exposés trop optimistes sur la plasticité de l’être humain. Selon eux, il existe des limites réelles à notre capacité à agir sur notre humeur. Mais, Martin Seligman et ses confrères sont persuadés qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire pour "vivre dans les niveaux supérieurs de notre échelle du bonheur" et éprouver davantage d’émotions positives ainsi qu’une "satisfaction abondante et authentique" durable.
En 2003, Martin Seligman a fait appel à Christopher Peterson, professeur de psychologie clinique à l’université du Michigan. Avec l’aide d’une équipe de chercheurs, les deux hommes ont établi les forces mentales et les vertus qui permettraient de vivre plus heureux et de manière plus durable. À ce jour, plus d’un million de personnes dans le monde ont participé à cette évaluation. Martin Seligman et Christopher Peterson ont abouti à une liste de vingt-quatre éléments, répartis dans six catégories générales : la sagesse, le courage, l’amour, la justice, la tempérance et la spiritualité.
- Sagesse et connaissance
Forces cognitives qui favorisent l’acquisition et l’usage de la connaissance.
Créativité : trouver des manières originales et productives de faire les choses. Cela comprend les réalisations artistiques, mais ne s’y limite pas.
Curiosité : trouver un intérêt à toute expérience en cours ; s’intéresser à tel ou tel sujet ; explorer et découvrir.
Ouverture d’esprit : examiner les choses sous tous les angles ; ne pas tirer de conclusions hâtives ; être capable de changer d’avis à la lumière de nouvelles informations.
Amour de l’apprentissage : acquérir de nouvelles compétences et de nouveaux domaines de connaissance (en autodidacte ou non). Cette force est évidemment liée à la curiosité, mais s’en distingue par la tendance à vouloir acquérir systématiquement de nouvelles connaissances.
Sagesse : être capable de donner des conseils avisés ; posséder une manière de voir le monde qui soit porteuse de sens, tant pour soi que pour les autres.
- Courage
Forces émotionnelles qui impliquent l’exercice de la volonté pour atteindre les buts que l’on s’est fixés, malgré les obstacles internes et externes.
Bravoure : ne pas reculer devant la menace, les difficultés ou la douleur ; défendre ce qui est juste envers et contre tous ; agir selon ses convictions, même si c’est impopulaire. Cela inclut le courage physique, mais ne s’y limite pas.
Persévérance : finir ce qu’on a commencé ; persister malgré les difficultés ; aimer mener à bien un travail.
Authenticité : dire la vérité, mais plus généralement se présenter de façon authentique ; être sans prétention ; assumer ses sentiments et ses actes.
Vitalité : aborder la vie avec enthousiasme et énergie : ne pas faire les choses à moitié ; vivre la vie comme une aventure ; se sentir bien vivant.
- Humanité
Forces interpersonnelles consistant à tendre vers les autres et à leur venir en aide.
Amour : valoriser les relations étroites avec les autres, particulièrement lorsque les sentiments (partage, affection) sont réciproques ; être proche des gens.
Gentillesse : rendre des services, faire de bonnes actions ; aider les autres, prendre soin d’eux.
Intelligence sociale : être conscient des motivations et émotions des autres (et des siennes propres) ; savoir faire ce qui convient dans différents contextes ; comprendre les ressorts du comportement des gens.
- Justice
Forces qui sont à la base d’une vie sociale harmonieuse.
Travail en groupe : savoir travailler au sein d’un groupe ou d’une équipe ; avoir l’esprit d’équipe : accomplir sa part.
Sens de l’équité : traiter toute personne équitablement ; ne pas se laisser influencer par ses sentiments personnels dans les décisions concernant autrui ; donner à chacun sa chance.
Leadership : encourager le groupe dont on fait partie à réaliser des choses, tout en s’efforçant de maintenir de bonnes relations en son sein ; organiser des activités collectives.
- Tempérance
Forces qui protègent contre les excès.
Pardon : pardonner à ceux qui ont mal agi ; accepter les défauts des autres ; savoir donner une seconde chance ; ne pas être animé par la vengeance.
Modestie : laisser des réalisations parler d’elles-mêmes ; ne pas se mettre en avant ; ne pas se prendre pour plus que ce que l’on est. Prudence : être prudent dans ses choix ; ne pas prendre de risques inutiles ; ne pas dire ou faire des choses que l’on pourrait regretter par la suite.
Maîtrise de soi : rester maître de ses sentiments et de ses actes ; être discipliné ; maîtriser ses appétits et ses émotions.
- Transcendance
Forces qui favorisent l’ouverture à une dimension universelle et donnent un sens à la vie.
Appréciation de la beauté et de l’excellence : remarquer et apprécier la beauté, l’excellence et/ou la maîtrise technique dans les domaines les plus divers.
Gratitude : être conscient et reconnaissant des bonnes choses qui arrivent ; prendre le temps d’exprimer des remerciements.
Optimisme : attendre le meilleur de l’avenir et œuvrer à sa réalisation ; penser qu’un avenir heureux est quelque chose que l’on peut provoquer.
Humour : aimer rire et taquiner ; être souriant ; voir le côté drôle des choses ; faire des plaisanteries.
Spiritualité : connaître sa place au sein de l’Univers ; croire au sens de la vie, en tirer un réconfort et une ligne de conduite.
Et notre état de santé dans tout cela ? Il semblerait que, sauf en cas de maladie grave et de douleurs fortes, cela n'entre pas en ligne de compte dans notre niveau de bonheur. En effet, le fait d'être en bonne santé et de ne pas souffrir est perçu comme un état "normal" et personne ne pense en général à s'en réjouir.
Les statistiques montrent que l’optimisme prépare mieux l’individu à surmonter les échecs et à relever de nouveaux défis. Rien d’étonnant à ce qu’il s’agisse d’un trait de caractère largement partagé par ceux qui se disent heureux. De même, la gratitude et le pardon nous libèrent de l’amertume et de notre ressentiment envers le passé, ce qui permet d’être plus réceptif, (en meilleure relation avec le monde qui nous entoure), plus altruiste et plus humble.
Faisons preuve de gratitude tous les jours pour tout ce qui nous arrive de positif. Comprimons le ressort de notre humeur. Cela demande d'en être conscient et de changer d'état d'esprit. Soupçonnez-vous seulement les bienfaits que cela vous apportera et le bonheur que vous diffuserez autour de vous ?
Le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage. - Albert Schweitzer.

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